Benevolt : une start-up au féminin dédiée aux jeunes seniors

Après notre entretien avec Sandrine Charpentier sur la place des femmes dans le digital, nous avons interrogé Anne-Laure Mesguen et Amélie Arcile, aux commandes de la start-up Benevolt, première plate-forme de bénévolat dédiée aux jeunes seniors. Flexibilité, ténacité et endurance : les deux femmes forment un duo motivé.

Elles nous reçoivent dans leur bureau nantais, chez Creative Care Factory, un hébergeur de start-ups innovantes dans les domaines du bien-être, de la santé et du mieux-vivre.
Anne-Laure Mesguen , 40 ans, et Amélie Arcile, 33 ans, ont plutôt le vent en poupe ces derniers temps. En Pays-de-Loire, elles viennent de remporter, avec la plate-forme Mobidys, le concours des Ambitieuses Tech For Good à Saint-Nazaire, un programme d’accélération à destination de start-up sociales dirigées par des femmes, lancé par la Ruche (lire encadré). Le duo va bénéficier de 6 mois d’accélération pour développer son entreprise. Un coup de pouce important pour cette start-up lancée en 2016 à la suite d’un constat d’Anne-Laure Mesguen : « auparavant, je travaillais dans un grand groupe comme manager. Je me suis aperçue que nombre de personnes partant à la retraite ne savaient que faire de ce nouveau « temps ». Certains étaient très motivés pour transmettre leur savoir. Pour d’autres, la retraite s’annonçait difficile car mal vécue. Une fin de carrière est une étape majeure dans la vie d’un adulte. Tous avaient un point commun : une richesse d’expérience qu’ils ne savaient pas comment transmettre. Aujourd’hui, nous vivons encore 25 ans après notre départ en retraite. En France, nous n’avons pas changé notre regard sur cette période : la retraite est une sorte de zone grise un peu floue. Pourtant, les jeunes seniors sont une richesse pour notre société. »

Anne-Laure Mesguen rencontre Amélie Arcile en octobre 2016 lors d’un week-end Ecossolies, dédié aux porteurs de projets dans le domaine de l’économie sociale et solidaire. Amélie est psychologue de formation et RH dans une association. Toutes deux travaillent alors sur la future plate-forme avec cette idée : permettre aux jeunes seniors de proposer leurs expériences de bénévolat et de les mettre en relation avec des associations, start-up ou indépendants qui ont besoin, justement, de renfort de bénévoles. Anne-Laure s’était déjà essayée au code informatique lorsqu’elle avait quitté son entreprise; elle avait une connaissance du numérique. « Nous avons travaillé avec une agence web pour créer une plate-forme très poussée. Je peux parler avec les développeurs, je comprends leur langage ! C’est un peu comme une langue étrangère évolutive. »

Peut-on faire sans ? « Oui, mais savoir comment est structuré le code informatique est un atout qui fait gagner du temps. »

Le fait d’être une femme dans ce domaine très connoté masculin a –t-il été un frein ? « Personnellement, le digital ne faisait pas parti de mon parcours, raconte Amélie. Il y a ce côté « tech » toujours perçu comme très masculin, j’avais des a-priori. Mais les 20-30 ans, eux, sont tous dans le numérique. Ça ne devrait plus poser de problèmes à la nouvelle génération. »
« Je pense qu’il faut aussi aménager les programmes pédagogiques, intégrer des modules de code, ajoute Anne-Laure. Mais les choses avancent : à la Creative Care Factory, la moitié des 10 start-up hébergées sont dirigées par des femmes ! Ici, ce n’est plus un sujet. »

Les deux femmes ne se sont jamais réellement senties seules. « La phase projet a été soutenue car nous avons été accompagnées à chaque étape, souligne Amélie. Par la Creativ Care Factory mais aussi par la CRESS (Chambre régionale de l’Economie sociale et solidaire). » Le duo insiste également sur l’importance des réseaux. « Il faut échanger avec les autres start-up sur leur expérience. Il faut connaître au mieux ses utilisateurs dès le départ. Ne pas s’isoler ni se disperser. Et avoir beaucoup de flexibilité mais pas de certitudes ! »
Anne-Laure et Amélie ont choisi de s’implanter à Nantes, où règne un écosystème propice aux start-up. Elles ont pu bénéficier de workshops, de réseaux d’entraide, de lieux dédiés pour Benevolt. « On peut parler de solidarité encore plus que d’échanges », assure Anne-Laure.

L’exercice demande beaucoup d’investissement et de temps. Mais Amélie apprécie de pouvoir emmener ses enfants à l’école le matin et d’organiser son emploi du temps elle-même.

Benevolt porte des valeurs qui sont chères au duo féminin. Pourquoi créer une start-up dans le domaine de l’économie sociale et solidaire ? « Parce qu’après tant de dérives, nous souhaitons revenir, comme beaucoup d’autres entrepreneurs, à des valeurs de services sans la base lucrative. On peut encore croire en certaines valeurs qui créent de la richesse sociale, assure Anne-Laure Mesguen. Amélie Arcile ajoute : « Il y a une prise de conscience où l’on cherche le sens et l’empreinte de ce qu’on va laisser. »

 

Pour aller plus loin
En partant du constat que seules 8 % des femmes entreprenaient dans le secteur des nouvelles technologies et afin de développer la mixité, la Ruche et son incubateur La Ruche Factory ont créé le concours Les Ambitieuses Tech for Good, un programme d’accélération à destination de start-up sociales dirigées par des femmes. En Pays-de Loire, Benevolt et Mobidys ont été les lauréates : elles bénéficient d’un parcours d’accélération de 6 mois pour développer leur entreprise, dont des sessions de mentorat, des workshops, des mises en relation avec des experts et une préparation pour passer du business plan à la levée de fonds.

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Auparavant journaliste pour Ouest-France, puis journaliste free lance au Vietnam pendant 8 ans, je suis actuellement rédactrice print et web indépendante, basée à Saint-Nazaire.

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Sabrina Rouillé

Auparavant journaliste pour Ouest-France, puis journaliste free lance au Vietnam pendant 8 ans, je suis actuellement rédactrice print et web indépendante, basée à Saint-Nazaire.

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