Média citoyen, Fragil éduque aux pratiques numériques

A sa création en 2002, Fragil était un magazine papier ancré à Nantes, interrogeant la place de la culture dans la société. Fragil est toujours un média mais désormais en ligne. C’est aussi une association qui accompagne des projets d’éducation aux médias et aux pratiques numériques. Rencontre avec Merwann Abboud, journaliste et rédacteur en chef de Fragil.

 

Fragil est un magazine lancé sur le mode du Do it yourself, faisant appel aux citoyens-contributeurs. La démarche est originale et pleine de sens. Comment fonctionne ce média-citoyen ?

Fragil est né en 2002 à Nantes. La notion de « fragilité » de la culture a inspiré la démarche des fondateurs. Le magazine, passé de la version papier au digital, a évolué mais interroge toujours la place de la culture dans la société. Le maître-mot est : « liberté » quant au sujet, l’angle, la longueur. Sous acceptation du rédacteur en chef lors de nos conférences de rédaction. Les contributeurs et contributrices bénévoles de Fragil ont entre 20 et 40 ans. Ils sont une soixantaine de participants chaque année. Ce sont pour la plupart des étudiants en journalisme mais pas seulement. Nous avons des actifs curieux passionnés des arts, musique, théâtre, opéra… L’idée est de permettre aux amateurs de s’adonner au journalisme en acquérant un savoir-faire, comme l’écriture web ou le journalisme audiovisuel. Ils doivent répondre à deux conditions : se soumettre à un traitement journalistique du sujet et ramener des visuels (photos et vidéos). Je facilite les demandes d’interviews, les accréditations et j’aide à l’écriture. J’assure le secrétariat de rédaction et je mets en ligne. Nous sommes deux salariés : moi-même et François-Xavier Josset, chargé, comme moi, de projets médiatiques et numériques. On peut parfois déceler des talents. Je pense à une jeune fille de 14 ans qui avait une maîtrise incroyable de la langue et de l’écriture. Son article était brillant, il a récolté énormément de vues.

Autour de ce projet gravitent les LunDIY Fragil, ateliers gratuits d’éducation aux médias et au numérique…

Ce sont des initiations sous la forme d’échange de compétences. Nous faisons appel à des vidéastes, JRI (journaliste reporter d’images), journalistes professionnels. Ces sessions sont destinées aux contributeurs qui souhaitent monter en compétence. Ce sont des initiations à WordPress, aux interviews vidéos, à la photographie, à l’utilisation de Youtube, au montage ou au décryptage du hacking… Il s’agit de temps organisés dans un esprit d’éducation populaire avec un apport théorique complété par un atelier pratique.

Une de vos importantes missions est liée à l’éducation aux médias et aux pratiques numériques. Quel est votre public ? Quels sont les thèmes développés autour des usages du numérique… et ses dérives ?

Dans sa mission d’éducation, l’association s’adresse autant à un public jeune qu’à un public adulte. Nous sommes notamment contactés par des établissements scolaires mais aussi par des collectivités qui souhaitent organiser un temps d’information autour des pratiques du Net. Nous proposons notamment à un public adulte une conférence-débat pour questionner l’utilisation des écrans par les enfants et les adolescents.
Nous avons mené un atelier de décryptage du métier de Youtubeur, qui fait rêver beaucoup de jeunes, dans une classe de seconde du lycée Saint-Stanislas à Nantes. Autre initiative : comment décrypter les fake news et l’intox ? Les élèves de la classe de seconde média du lycée Saint-Stan ont été sensibilisés à l’identification des sources des articles qu’ils voient défiler sur les réseaux sociaux. Nous proposons aussi des ateliers sur le cyberharcèlement, la discrimination dans les médias… François-Xavier Josset a imaginé un atelier ludique autour du fonctionnement des cookies de navigation. On clique toujours « oui » sur la page qui apparaît concernant l’utilisation de ces cookies mais ça implique quoi concrètement?
En 2017, une quinzaine de projets à dimension régionale a été portée par Fragil en lien avec une trentaine de partenaires, touchant près de 400 personnes.

Comment expliquer sans diaboliser ? Comment éduquer sans culpabiliser ?

Ce sont les enjeux majeurs. Nous sommes là pour accompagner et éduquer. Nous partons toujours du principe que le numérique est avant tout positif et cela nous offre des possibilités énormes. MAIS, soyez vigilants. Attention à la trace que vous laissez de vous sur le Net. Il faut démystifier auprès des jeunes. Concernant le métier de Youtubeur : « Vous ne deviendrez pas millionnaires du jour au lendemain mais vous laisserez une empreinte qui n’est pas anodine. » Nous tentons de les faire réfléchir sur la notion de vie privée qui est très restreinte pour eux, dans leur utilisation des réseaux sociaux : « attention, on peut te localiser, repérer tes habitudes de vie quotidienne, les endroits que tu fréquentes… » Et les photos postées, celles dont ils pensent qu’elles disparaissent sur Snapchat par exemple…
Lors d’une conférence sur l’utilisation des écrans, une mère regrettait de ne pouvoir lancer la conversation avec son ado qui ne voulait pas en parler. On leur dit : « posez-leur la question : pourquoi c’est gratuit ? Comment se rémunère Facebook, « le réseau des vieux » par excellence pour les ados ? »
Les parents nous font part de leur inquiétude. Nous essayons de leur amener des éléments de dialogue. Nous ne sommes pas des médecins, nous ne prenons pas une posture scientifique. On amène une réflexion scientifique par la diffusion de reportages ou d’interviews de spécialistes. Mais force est de constater que nous sommes toujours sur quelque-chose de « Fragil ».

 

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Auparavant journaliste pour Ouest-France, puis journaliste free lance au Vietnam pendant 8 ans, je suis actuellement rédactrice print et web indépendante, basée à Saint-Nazaire.

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Sabrina Rouillé

Auparavant journaliste pour Ouest-France, puis journaliste free lance au Vietnam pendant 8 ans, je suis actuellement rédactrice print et web indépendante, basée à Saint-Nazaire.

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