Maïa Mater : l’entrepreneuriat, un entraînement à long terme

Les dispositifs d’aide à la création d’entreprises, notamment aux projets innovants version start-up, se multiplient à Nantes, métropole labellisée French tech depuis 2014.

Incubateurs, accélérateurs : depuis 5 ans, quelque 40 nouveaux dispositifs d’accompagnement ont été recensés sur le territoire. Maïa Mater fait (un peu) figure d’exception : les néo-entrepreneurs sélectionnés vivent et travaillent ensemble autour d’un programme entièrement gratuit. Une nouvelle forme de mentorat et de coaching ? Nous les avons rencontrés en juillet, aux Abeilles à Saint-Nazaire, où ils étaient accueillis pendant un mois.

Tout y est : canapés, poufs, bureaux partagés, transats et plantes vertes. Sans oublier la cuisine commune pour une communauté en ébullition. Et de la lumière, beaucoup de lumière sous le hangar. Les Abeilles, tiers-lieu artistique et touristique à Saint-Nazaire, sont sans aucun doute le lieu idéal pour accueillir ces jeunes pousses de l’entrepreneuriat, en provenance directe de la caserne Mellinet désaffectée à Nantes. On les appelle les « survivants », ceux qui ont survécu à la première partie de Maïa Mater, stage d’entraînement pour nouveaux entrepreneurs, coordonné et dirigé par Damien Dumont.
Financé par des fonds publics (Nantes Métropole et La Carène Saint-Nazaire Agglomération), ce programme est entièrement gratuit pour les heureux élus. Tout est basé sur un esprit de communauté : on vit et on travaille ensemble.
« L’idée est née en 2016 avec Florian Herveou, fondateur de Start Up Palace, Quentin Adam, fondateur de Clever Cloud et Francky Trichet adjoint au numérique à Nantes, rappelle Damien. Destinés surtout à des jeunes diplômés porteurs de projets ou des entrepreneurs en reconversion professionnelle, designers, développeurs, scientifiques, Maïa Mater doit leur donner les outils, la pédagogie et la culture pour développer leur idée, avec 3 périodes sur 3 ans, en immersion totale : on est entièrement « focused » et on oublie le côté pratique de la vie quotidienne. Pourquoi c’est gratuit ? Parce qu’on n’est pas là pour soutirer de l’argent à ceux qui n’en ont pas. Le but est d’accélérer, de pivoter ou… de mourir dignement. »

Repérés et sélectionnés en France

Ils ont débuté avec une première période de 4 mois passés à Nantes, dans les bâtiments de la caserne Mellinet : sur 60 projets cette année, 13 ont été retenus pour 28 personnes, étudiants, jeunes diplômés ou en reconversion de 19 à 45 ans (dont la majorité a quand même moins de 25 ans). Ils ont été repérés et sélectionnés dans les écoles de design, informatique, ingénieurs, communication… sur tout le territoire français. Ils viennent de Nantes, Paris, Nouméa, Stockholm, Lyon, Lille, Nice, Angers etc. Leurs projets ? Lutter contre le greenwashing, créer des logements modulaires avec des conteneurs, développer un jeu vidéo autour du féminisme, vous débarrasser de vos encombrants et les recycler, offrir un service de sport en entreprise ou encore promouvoir l’artisanat mondial par une marketplace mettant en lien artisans et professionnels…
En première période, ils bénéficient de séances de coaching et de mentorat avec des développeurs, designers, experts comptables, avocats, communicants, mais aussi de séances de loisirs et détente (films, sport, méditation…) dont une semaine d’ice breaking à Nantes pour renforcer l’esprit d’équipe.

Maïa Mater : entreprendre est un long entraînement.
A gauche : Damien Dumont, directeur du programme Maïa Mater.

Prendre du recul à Saint-Nazaire

Les survivants, 8 équipes (« ceux qui embauchent, qui font du cash, qui ont un projet viable ») se sont retrouvés en juillet à Saint-Nazaire, aux Abeilles. « Ici, ils font une rétrospective de l’année. Et se posent la question : est-ce qu’on accélère, on pivote ou on meurt ? Ce lieu est aussi idéal pour prendre du recul et nourrir leur créativité. » Ils achèveront le mois au festival Les Escales.

Marc, 26 ans, fait partie des survivants. Avec Guillaume et Mathieu, ils ont créé CaptainData, spécialisé dans la donnée business, et destiné à « rendre l’information professionnelle en ligne accessible aux entreprises et aux personnes ». Leur projet de stage de fin d’études a tapé dans l’œil des sélectionneurs pour Maïa Mater. « A Nantes, on a beaucoup confronté le terrain, échangé avec les entrepreneurs. A Saint-Nazaire, on prend de la hauteur pour avancer et augmenter notre chiffre d’affaires, se structurer, adapter la gestion financière de notre entreprise. »

Lors de la troisième année, ces survivants de l’année 2 donneront des conseils à la « promo » suivante, à la fois à Nantes et à Saint-Nazaire. La communauté Maïa Mater est née.
« Cette notion de communauté est ultra importante, assure Damien. On est ensemble, on réseaute, on va plus vite et on avance à plusieurs. »

 

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Auparavant journaliste pour Ouest-France, puis journaliste free lance au Vietnam pendant 8 ans, je suis actuellement rédactrice print et web indépendante, basée à Saint-Nazaire.

Sabrina Rouillé

Auparavant journaliste pour Ouest-France, puis journaliste free lance au Vietnam pendant 8 ans, je suis actuellement rédactrice print et web indépendante, basée à Saint-Nazaire.