Nouveaux médias : Presspepper cible la chronique judiciaire

Presspepper est une agence de presse spécialisée dans la chronique judiciaire régionale, implantée à Nantes, Rennes et Caen. Depuis janvier 2018, elle est l’un des 7 projets incubés par NMcube, nouvel incubateur nantais. Guillaume Frouin, son fondateur et journaliste, revient sur l’histoire de Presspepper et la nécessité d’innover dans le domaine de l’information.

 

D’où vous est venue l’idée de Presspepper?

J’ai toujours été passionné par la presse locale. Avant même mon cursus à l’IUT de journalisme de Tours, j’ai été correspondant de presse locale et ça m’a particulièrement intéressé. J’ai ensuite été journaliste à 20 Minutes pendant 3 ans à Paris. En 2005, on m’a confié le lancement de 20 Minutes à Nantes, avec un binôme. Ça a plutôt bien marché. Le seul souci : on ne couvrait pas la justice et les faits divers. Je me suis donc lancé dans la tournée des faits divers et sur les sujets justice mais c’est devenu assez vite chronophage. Pour bien couvrir ces domaines, il faut un temps fou et se caler sur l’emploi du temps des magistrats, des policiers, des gendarmes… Je me suis aperçu aussi que beaucoup de radios et d’hebdomadaires d’actualités n’avaient plus le temps de couvrir ces sujets. Les organes de presse ont réduit leurs effectifs ces dernières années, toutes les rédactions n’ont pas un « fait-diversier » dédié. Petit à petit, l’idée de lancer une agence spécialisée sur la chronique judiciaire et les faits divers a fait son chemin. J’ai quitté 20 Minutes et j’ai lancé Presspepper en 2014, afin de fournir des journaux et des hebdos en dépêches qui alimentent un fil d’actualité. Nous nous sommes concentrés sur le pénal et j’ai suivi les affaires du tribunal administratif, largement délaissé par les médias traditionnels. Pourtant, ces sujets ont parfois des enjeux importants. Nous avons reçu l’agrément de la Commission paritaire des publications et agences de presse. Nous avons ouvert une agence à Rennes, une autre à Caen. Nous sommes désormais trois associés et nous avons une cinquantaine de clients.

 

On lit sur votre site que Presspepper « donne du piment aux journaux locaux en s’affranchissant de la communication institutionnelle ». Que voulez-vous dire ?

Tout simplement que notre agence donne accès à l’information judiciaire qui est tout sauf aseptisée. On sort du contenu lisse et parfois convenu, institutionnel. Nous pensons avoir redonner du souffle à certains de nos clients. Et puis l’info judiciaire, ça pique parfois !

De même vous dites « garantir des informations exclusives ». Comment pouvez-vous garantir cette exclusivité puisque chaque info sur le fil de dépêches est accessible à tous vos clients?
C’est vrai, c’est la seule concession demandée. Mais nous sommes sur des sujets hyper-locaux qui n’intéresseront qu’un ou deux clients. Lorsque nous sommes seuls dans les salles d’audience, nous pouvons garantir l’exclusivité. On fait un travail de bénédictin, on va très loin dans la collecte d’infos judiciaires. On peut se le permettre car on ne fait que ça. Nous avons réintroduit les « rubriquards » dans les journaux. Nous sommes des « rubriquards » externalisés.

Vous êtes l’un des 7 projets incubés par NMCube pour les nouveaux médias. Mais qu’est-ce qu’un nouveau média ?

Il n’est pas nécessairement en rapport avec le digital. Le numérique a permis de publier de l’info à moindre frais. Mais ce n’est pas la finalité. Il y a de nouvelles pistes à creuser et notamment de nouvelles formes d’organisation de la profession. Les rédactions n’ont plus toutes les compétences en interne. Et je pense qu’elles feront davantage appel à des journalistes extérieurs.
Selon moi, les nouveaux médias concernent davantage de nouvelles formes d’information en France. L’indépendance joue aussi son rôle. Chez Presspepper, nous n’avons pas de publicité, pas de commercial, pas de frais commerciaux. Nous garantissons notre indépendance.

Que vous apporte le programme de NMCube ?

Nous, journalistes, ne sommes pas très forts en management et en techniques de commercialisation. Ça s’apprend ! Ce programme d’une année nous permet de structurer notre projet. On sort la tête du guidon pour prendre du recul. L’atelier sur la fiscalité de la presse était très intéressant. Nous avons droit à des interventions de professionnels qui ne sont pas que des journalistes et ça, c’est important. Évidemment, cela peut nous placer dans le doute. Je suis devenu chef d’entreprise, alors même que je ne me sentais pas l’âme d’un chef d’entreprise. On vous dira qu’être chef d’entreprise et journaliste, parfois, ça ne fonctionne pas. Mais en étant spécialisé, on redevient pertinent.
Personnellement, j’ai l’ambition de créer des agences Presspepper sur tout le territoire national, là où l’information judiciaire a été laissée en jachère.

 

En savoir plus

NMcube est un nouvel incubateur à Nantes monté par deux clusters, Ouest Médialab et Creative Factory, et deux établissements d’enseignement supérieur nantais, Audencia Sciencescom – Audencia Business School et Polytech – Université de Nantes.
L’objectif de l’incubateur est d’accompagner les individus ou structures ayant un projet de création de média d’information, les médias d’information ayant un projet de diversification et les startups, fournisseurs de solutions ou de contenus dans le domaine des médias.

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Auparavant journaliste pour Ouest-France, puis journaliste free lance au Vietnam pendant 8 ans, je suis actuellement rédactrice print et web indépendante, basée à Saint-Nazaire.

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Sabrina Rouillé

Auparavant journaliste pour Ouest-France, puis journaliste free lance au Vietnam pendant 8 ans, je suis actuellement rédactrice print et web indépendante, basée à Saint-Nazaire.

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